Président du club le plus titré de l’histoire du sport haut-marnais, Bruno Soirfeck cache derrière une assurance de vainqueur une réelle complexité et sans doute quelques plaies qui peinent à se refermer.

Par Dominique Piot

Il n’est sans doute guère en Haute-Marne de personnage plus contradictoire, plus complexe, plus décrié, plus méconnu que le chaumontais Bruno Soirfeck. Seule certitude : il ne laisse pas indifférent. Tout le reste demande à être vérifié. La chose n’est pas aisée, tant le personnage excelle à dissimuler ses pudeurs, ses sentiments, derrière des effets de menton.
Le garçon est né au sein d’une fratrie de trois. La famille Soirfeck plante ses racines en Haute-Marne profonde, du côté de Saint-Thiébaut et de Romain-sur-Meuse, là où la terre et le ciel produisent une herbe qui profite au pis généreux des vaches. Gamin, il passe l’essentiel de ses week-ends sur les marchés – de Haute-Marne toujours – en accompagnant ses grands-parents. Le terrain, le territoire, il connaît donc un peu et assurément bien davantage qu’il ne veut le faire croire.
Mais Bruno n’était pas grand, et assurément bien moins haut sous la toise que les volleyeurs qu’il dirige aujourd’hui. Et comme souvent pour les gens qui ne tutoieront jamais le double mètre, il est gagné par le “syndrome du petit” : devenir grand par d’autres moyens. Il s’y emploiera toute sa vie. Non sans succès…
Le bac en poche, il se fait remarquer favorablement au sein du monde associatif. Il n’a donc pas attendu le CVB pour en connaître les codes, ou pour s’engager au service des autres. Adolescent, il était même surnommé “BAFA”. On l’a oublié.
Moniteur au Val André, il connaît le site breton comme peu de Haut-Marnais : «je faisais la même chose à 18 ans qu’au volley aujourd’hui». Cette “chose” que mille mots ne sauraient décrire, un seul verbe la contient dans son entièreté : an-ti-ci-per. Mais n’anticipons pas.
L’homme qui désormais représente le plus le volley haut-marnais a fait carrière dans… le handball ! À l’ECAC, il a joué, il a entraîné, il a arbitré. On l’a vu aussi en futsal où ses talents d’organisateur ont fait merveille. C’est à cette époque que sa fibre de dirigeant est devenue une évidence. Il a aussi sévi au sein des Solex de la grande époque. Professionnellement, son passage chez Groupama l’a marqué. Il y a goûté aux saveurs de l’autonomie ; il y exerçait un réel pouvoir, ce qu’il ne déteste point, à tout le moins : «J’y ai appris à gérer les ego, surtout le mien !».
Bruno Soirfeck est une mise en abîme. Il sait qu’il prend de la place -l’expression est de lui- et qu’on lui prête du charisme. Il en joue. Il en rajoute, occupe encore un peu plus de place, gagne encore un peu de charisme, un peu de pouvoir. Son sens de la formule rassemble bien le propos : «Celui qui prend le volant, il doit avoir les clés du camion». Il les a. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il les partage. Lionel Atlan, SON vice-président, est un vrai vice-président. Sans doute aussi un ami et un confident ; un des rares. Son homme de confiance. Celui sans qui il n’y serait pas allé.
Lorsqu’il a pris le CVB, c’était pour en faire ce qu’il en a fait ; en toute modestie. En toute clairvoyance aussi. Contrairement à la sphère politique qu’il côtoie par la force des choses, son bilan s’inscrit au-delà des promesses. Cela aide, pour rester crédible. Dès le premier jour, il a anticipé. Il avait une vision, un but. Pour ceux qui divisent les hommes en deux catégories inégales en volume : ceux qui trouvent des excuses et ceux qui trouvent des moyens, il a résolument choisi le camp le plus petit. Il a d’abord mis de la rigueur dans la gestion. À la confiance qu’il distille à son entourage, il ajoute le contrôle, «parce que je suis le décisionnaire final».
S’il est encore président aujourd’hui, après le titre, c’est vraisemblablement parce qu’il y a un projet de salle, et que Palestra donnera enfin au club un toit à l’aune de son statut. Sans ce projet-là, il serait déjà passé à autre chose. Il aime trop les défis pour pantoufler dans un championnat déjà gagné une fois.
Pour en finir avec le sport, qui n’est qu’un aspect de sa vie, il n’y a plus beaucoup de spectateurs, plus beaucoup de journalistes, plus beaucoup de supporters quand deux heures après le match, à Reims, il range encore la salle. Il n’y a plus grand monde pour lui taper sur l’épaule et flatter ce «cher président» dans ces moments-là. Lorsque le vrai effleure.
Aujourd’hui, tandis qu’il tutoie la cinquantaine, dans le redoutable virage qui permet de préparer l’avenir tout en jetant un œil un peu humide et rouge (la grippe, bien sûr !) dans le rétro, il constate qu’il a pris plus de claques qu’il ne compte d’amis, je veux dire «des vrais». Il explique en baissant la voix, la gorge le trahissant (la grippe, décidément…) que ses deux enfants comptent plus qu’il n’a sans doute tenté leur dire.
S’il fallait extraire un seul bon souvenir de tout ce vécu, bien avant un titre de champion qui a servi de carapace, ce serait plutôt les vacances en famille, à Granville, en Normandie. «On était quinze autour de la table, puis à la plage». La jeunesse. L’insouciance. Toutes choses qui le fuient aujourd’hui.
Vous allez le revoir, forcément, salle Jean-Masson pour le moment, à la télé ou dans le journal. Il dira ce qu’il pense ; ce qu’il croit. Mais celui que vous verrez regarder sans ciller la caméra ou saluer le public de toute son assurance, mâchoires serrées, menton en avant, c’est le Prezi. Mais ce n’est juste pas le vrai Bruno Soirfeck. Il faudra s’en contenter.

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