Les billes noires, issues des déchets de pneus, qui stabilisent les terrains synthétiques, sont-elles cancérigènes ? Voilà la question qui est posée. Le gouvernement a confié une étude à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Par Yves Tainturier et Céline Clément

C’est le magazine So Foot qui a été l’un des premiers à mener une enquête en novembre dernier. Depuis, le reportage d’Envoyé Spécial, en février, a fait l’effet d’une bombe dans le milieu du foot français… et des collectivités locales très souvent propriétaires des fameux terrains synthétiques. Sont-ils dangereux pour la santé, notamment celle des enfants ? Voilà la question qui est aujourd’hui posée. Dans son numéro de novembre, le magazine So Foot fait en effet allusion à une étude de l’université de Yale aux États-Unis qui ferait état de risques de cancer liés à la pratique sur gazon synthétique. Ce sont les granulats, issus de déchets de pneus, qui contiendraient des substances nocives (métaux, plomb et présence de HAP, hydrocarbures aromatiques polycycliques). Ce que le reportage d’Envoyé spécial met en exergue, c’est le taux de HAP contenu dans ces granulats, largement au-dessus des normes admises pour les jouets en plastique notamment. Ces billes noires sont l’un des matériaux phares entrant dans la composition de ces équipements sportifs. Elles servent en effet au remplissage des terrains. On en compterait quelque 2 800 en France. Si les expertises, émanant de différents pays, se renvoient la balle au sujet de la dangerosité ou non de ces terrains, le gouvernement français a réagi.

L’enquête d’une entraîneuse américaine
Les ministères de la Santé, de l’Écologie, du Travail et de l’Économie ont demandé une étude approfondie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Aux États-Unis aussi, une enquête officielle a été lancée. Ses résultats sont attendus avec impatience pour voir s’ils corroborent ou non les craintes émises par une entraîneuse de sport de Washington. En 2009, elle avait dressé une liste de 237 joueuses et joueurs de foot atteints d’un cancer, avec un point commun : la pratique de leur sport sur un terrain synthétique. Le débat n’est pas nouveau et a été lancé dans de nombreux pays depuis plusieurs années.

Pas de preuve scientifique
Il gagne du terrain en France depuis qu’il est sur le devant de la scène médiatique.
Dans un récent communiqué, la fédération française de football rappelle l’étude réalisée par l’ECHA (European Chemical Agency), saisie par la commission européenne, et dont les conclusions estimaient : «qu’il n’existe pas de preuve scientifique d’une augmentation du risque de cancer» et indiquait «une présence négligeable de métaux, en dessous des limites permises dans la législation actuelle», tel que l’on peut le lire sur le site Internet de la ligue Champagne-Ardenne de foot.

Les réactions des élus chaumontais et langrois

Sandra Mornand, Langres : «Nous attendons les résultats de l’enquête»

Langres compte aussi un terrain synthétique multi-activités qui a été installé en 2004 au faubourg des Franchises. Il a coûté à l’époque 705 000 €. Les clubs et les scolaires y ont accès pour un taux d’occupation «de 20 heures par semaine», précise Sandra Mornand, adjointe aux sports à la Ville de Langres. Elle confirme que le stade synthétique est stabilisé avec des billes en caoutchouc recyclé comme ça se faisait beaucoup à cette époque-là. Elle ne cache pas que le terrain n’a pas été entretenu comme il aurait dû l’être mais elle indique que des gros entretiens ont été réalisés en 2015 et en 2017 où le stade «a été rechargé en billes.» Il faut à ce type de terrain un brossage mensuel. L’élue indique que ces interventions régulières vont se mettre en place dès ce printemps. Car l’objectif, à Langres, est de prolonger autant que possible la durée de vie du terrain. Il n’y a pas de projet de renouvellement intégral du synthétique et pas non plus de nouvel achat prévu. L’utilisation modérée du terrain pourrait permettre de le prolonger un peu.
Quant à la polémique sur la dangerosité potentielle des billes de caoutchouc, comme beaucoup d’élus, Sandra Mornand est dans l’expectative. «Nous attendons les résultats de l’enquête confiée à l’agence nationale de la santé qui sont annoncés pour juin», indique Sandra Mornand qui confirme n’avoir «pas d’avis tranché sur la question» tout en rappelant que la fédération de foot «est rassurante» sur le sujet. Le service des sports de la Ville de Langres «a été sensibilisé» à la question mais Sandra Mornand confirme n’avoir eu aucune question ou inquiétude de la part des utilisateurs ou parents d’enfants qui sont amenés à s’y entraîner.
À Langres, le synthétique vient en appoint des trois autres terrains en herbe mis à disposition des clubs. Il est plus utilisé pour l’athlétisme, avec sa piste, que pour la pratique du foot.

Jessica Goulin, Chaumont : «Quid des conséquences à long terme ?»

Le  »Flamion » comme on l’appelle à Chaumont a été installé en 2009 pour un coût de 947 692 €. Le terrain, indique Jessica Goulin, adjointe aux sports, est entretenu de deux façons. «De manière périodique en faisant un brossage qui permet de relever les fibres et qui repositionne les billes afin que les fibres restent droites», indique-t-elle. Tous les ans ou tous les deux ans, «les billes sont aspirées afin de retirer les impuretés comme des brins synthétiques et poussières. Puis elles sont remises en place et d’autres sont rajoutées. Le coût de cette opération est d’environ 1 500 € à 2 000 €», précise Jessica Goulin.
Sur la question de la dangerosité, l’élue s’exprime. «N’ayant eu aucune information des autorités comme l’ARS, l’ANSS ou la FFF, je n’avais pas connaissance de la possible dangerosité des billes en caoutchouc fabriquées avec le recyclage de pneus. Après avoir recherché des renseignements, j’ai effectivement comme beaucoup découvert le reportage de France 2. On s’aperçoit que tous les risques ne sont pas évalués comme les réactions épidermiques et qu’il existe une méconnaissance sur les conséquences à long terme de l’utilisation des billes de pneus», indique Jessica Goulin. «À ce jour ni les autorités compétentes, ni les représentants qui interviennent pour l’entretien du terrain synthétique, ni moi-même, ne sommes en mesure de savoir avec exactitude les conséquences engendrées par l’utilisation de ce type de billes sur notre terrain de foot extérieur», ajoute l’élue. «Lors de sa construction en 2009, notre terrain était aux normes mais il est probable que suite au questionnement qui est posé aujourd’hui et actuellement étudié par l’ARSS, l’utilisation de billes en pneus devienne proscrite. Comme l’a été l’amiante en son temps», commente l’élue. Elle indique qu’une étude est en cours pour connaître le coût du remplacement des billes en caoutchouc par des matériaux davantage utilisés aujourd’hui. «Rencontrant prochainement les membres directeurs du CFC ainsi que du district, nous aurons l’occasion d’évoquer ce sujet. Nous pourrons alors évaluer ensemble l’utilisation du terrain synthétique.»

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