Par Delphine Catalifaud

Unique pratiquant bragard du billard artistique, discipline méconnue mais hautement technique, Benoît Clément participe, les 14 et 15 avril, à Mâcon, à la finale de France Masters, réunissant les huit meilleurs spécialistes tricolores. Portrait.

Des lignes, des chiffres à n’en plus finir, des marques partout sur le billard. Cinq heures, à trois personnes, pour tracer deux billards. On se croirait en cours de physique. C’est pourtant bien de billard artistique dont il s’agit. Benoît Clément est l’unique pratiquant de la spécialité à l’Académie de billard de Saint-Dizier. A 36 ans, il est aussi l’un des tout meilleurs Français, puisqu’il vient d’acquérir, comme l’an passé, sa qualification pour la finale de France Masters réunissant les huit premiers tricolores, à l’issue des trois tournois de sélection.

Troisième de la dernière épreuve organisée… à Saint-Dizier, en mars, le jeune Bragard s’entraîne seul toute l’année. «Je suis un autodidacte. De toute façon, personne ne pratique le billard artistique ici. Alors il a bien fallu que je me débrouille. J’ai même fait preuve de patience car il a fallu m’attitrer un billard, vu les marques que cela occasionne. Et pour cela, j’ai attendu quatre ou cinq ans, le temps que l’Académie puisse en acheter un nouveau», raconte-t-il.

Son propos n’est pas amer. Il revendique son originalité. «J’ai bien commencé par le mode de jeu de la libre et le trois bandes, à l’âge de 15 ans, après une grosse blessure au judo. J’avais des résultats moyens», se souvient-il. En 1998, quand Saint-Dizier a organisé une finale de France de billard artistique, Benoît Clément a eu une révélation. «C’était ça que je voulais faire. Les billes vivent, elle bougent, pas comme dans les autres modes de jeu. Il y a un côté ludique, fantaisie et cela m’amuse beaucoup.»

Il faut pourtant se creuser les méninges, dans cette spécialité-là. Car si la finalité du billard artistique est bien de réaliser de jolies figures – 100 existent au total en trois essais chacune maximum – la méthode pour y parvenir est longue et très technique. Tout se joue au millimètre près. «C’est de la physique. Il faut comprendre comment la bille tourne, maîtriser les trajectoires, gérer les courbes, les sauts. On est dans de la 3D», explique-t-il. Pour ce dessinateur en bâtiment, le choix a quelque chose d’assez naturel, finalement.

L’Euro 2019 dans le viseur

Il n’empêche que, pour en arriver là, 3D maîtrisée ou pas, Benoît Clément n’a jamais pu faire l’économie de s’entraîner dur. A temps plein, même. «Pour atteindre mon niveau, j’ai joué de cinq à huit heures par jour à un moment donné. C’est sans doute le judo qui m’a forgé une discipline», confie-t-il. A l’époque, il était sans emploi. Ce rythme-là n’est plus tenable aujourd’hui, mais le Bragard tourne encore à six heures minimum par semaine. «Je dois faire des choix. Dans ce sport, on n’est pas pro, sauf Jean Reverchon, mais lui, il est triple champion du monde ! Partir sur des tournois, c’est prendre des congés sans solde, payer le transport, l’hébergement, la restauration», indique-t-il.

Malgré cette nécessaire adaptation à un emploi du temps plus chargé, Benoît Clément continue de faire son bonhomme de chemin. L’an dernier, il a terminé cinquième de la finale de France Master. Il compte aussi deux titres de champion de France par équipes à son palmarès, avec Bastien Panis (Maisons-Alfort). Mais son plus gros fait d’armes reste sa participation à l’Euro individuels, en 2017, où il finit treizième en ayant fait douter, d’entrée, le champion d’Europe en titre, Gumus (Turquie). «Cela s’est joué à pas grand-chose. A un manque d’expérience, surtout, je pense», fait remarquer le Bragard. «A la fin du match, Gumus est venu me voir. Il m’a dit :  »Je ne te connaissais pas. A partir de maintenant, tu es dangereux ! »» Depuis, Benoît Clément ne rêve que d’une chose : retourner à l’Euro. Il est programmé l’an prochain.

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